-Les morues

Titiou Lecoq

Language: French

Publisher: Le Livre de Poche

Published: Aug 16, 2011

Description:

C'est l'histoire des Morues, trois filles - Ema, Gabrielle et Alice – et un garçon – Fred –, trentenaires féministes pris dans leurs turpitudes amoureuses et professionnelles. Un livre qui commence par un hommage à Kurt Cobain, continue comme un polar, vous happe comme un thriller de journalisme politique, dévoile les dessous de la privatisation des services publics et s'achève finalement sur le roman de comment on s'aime et on se désire, en France, à l'ère de l'internet. C'est le roman d'une époque, la nôtre.

Trépidant dans son volet polar, sensible lorsqu’il raconte l’énergie dépensée par les femmes pour préserver leur indépendance, Les Morues dresse le portrait insolent d’une époque sans mode d’emploi. Un excellent premier roman. Be.

Bien écrit en un savant négligé, voilà un premier roman épatant, drôle et instructif. Le Canard enchaîné.

Extrait

L'enterrement et les Morues

Depuis une dizaine de minutes, Ema gardait la tête obstinément levée vers la voûte. En suivant des yeux les courbes compliquées des arches gothiques de l'église, elle espérait éviter de pleurer. Mais d'une elle commençait à avoir sérieusement mal à la nuque et de deux il devenait évident qu'elle ne pourrait pas échapper aux larmes de circonstance. Bien qu'elle eût pris la ferme décision de vider son esprit de toute pensée ayant un quelconque lien avec elle, rien ne pouvait effacer cette assemblée vêtue de noir au milieu de laquelle flottaient des visages familiers aux traits tirés et blafards. Ça lui foutait une boule dans la gorge. De l'autre côté de l'allée, elle pouvait voir la famille et l'éternel - et très éphémère - fiancé, Tout-Mou Ier. Le pauvre garçon était complètement effondré. Son visage, qui déjà habituellement présentait la virilité d'une pâte de guimauve, avait littéralement fondu. Même Antoine, assis à côté d'Ema, était pâle comme un linceul. Ses mains, posées sur ses cuisses, restaient aussi inertes que le reste de son corps. Il semblait tendu vers un point fixe, peut-être l'immense crucifix doré qui les dominait. Elle ne voulait pas avoir l'air d'espionner la tristesse des autres ni soupeser les oripeaux de leur malheur mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'épier l'attitude de chacun. En attendant la cérémonie, un entremêlement de vagues chuchotis résonnait dans l'église. Si le simple spectacle du chagrin des autres suffisait à la bouleverser, elle n'osait imaginer comment elle allait réussir à affronter l'enterrement proprement dit. En fait, Ema avait deux trouilles bien précises. Option numéro un : être prise d'un fou rire, un ricanement démentiel à gorge déployée, a les yeux exorbités, les veines du cou gonflées et les E g bras agités de mouvements incontrôlés, le genre de comportement qui vous fait partir direct pour l'asile. Option numéro deux : plus simple, s'effondrer, se jeter à terre au moment de la crémation. Dans les deux cas, elle passerait pour une hystérique et serait sans nul doute soupçonnée de trafic de drogues, qui plus est dans un lieu de culte - ce qui constituait sûrement une circonstance aggravante. Heureusement, pour le moment, le cercueil était invisible. Déjà, pour préserver sa santé mentale, elle avait fermement refusé d'assister à la mise en bière. «Mais les thanatopracteurs ont fait un formidable travail de reconstruction du visage, tu sais.» Par déduction, sans doute la présence du «mais», elle supputait que cette phrase avait été formulée pour la rassurer. Sur un être à peu près normal comme Ema, elle avait eu pour seul effet de la pétrifier d'effroi et de lui faire rajouter une centaine de mètres de distance entre le salon funéraire et elle. Reconstruction du visage... Ema ne voulait voir ce visage ni mort, ni reconstruit. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Revue de presse

C'est la radiographie d'une bande de filles contemporaines qui se surnomment elles-mêmes "les Morues". Les symposiums de greluches, les délibérations sentimentales, les couples qui se défont et se refont, c'est leur chose..
Titiou Lecoq a choisi des couleurs acides pour son roman-pamphlet sur les jeunes femmes contemporaines. C'est un livre saillant habité par la fascination de l'ordinaire. (Marc Lambron - Le Point du 1er septembre 2011 )

Son roman est un parfait miroir de la France des années 2000, celle de Pôle emploi et de MySpace, de la révision générale des politiques publiques, des plate-formes téléphoniques délocalisées et des bureaux en open space. Tout ce qu'on aime. Les personnages, une poignée de sympathiques trentenaires, forment un bel échantillon des différentes espèces de jeunes bobos parisiens. (Astrid de Larminat - Le Figaro du 22 septembre 2011 )

L'écrivain est dynamique, elle décrit ceux qu'elle croise, ceux qu'elle écoute, ce qu'elle aime, ce qui ne lui plaît pas. Elle n'a ni cible précise, ni volonté claire de s'inscrire dans aucun mouvement. Elle soulève des questions sans me donner de réponse. Je vais parler de son style. Zut ! Elle écrit bien, mais elle écrit aussi comme elle parle. Un langage châtié avec parfois un vilain mot au beau milieu, bien mis en avant. Ça percute...
A qui se livre s'adresse-t-il ? Les morues sont des filles, j'entends d'ici une langue trop rapide vagir : "C'est un livre pour filles !", comme si les romans sur Napoléon étaient des livres pour hommes d'Etat et guerriers. "C'est pour les bobos !", comme si Vipère au poing n'était destiné qu'à ceux qui ont souffert dans leur enfance. Est-ce un polar, un livre drôle, la critique d'une société ? Un cheminement interne ? C'est tout à la fois. C'est le roman d'une morue qui ne regrette pas de vivre, même si parfois, c'est fatigant. Je referme Les Morues, j'aimerais bien le voir au cinéma, j'aimerais bien être Ema. (Sylvie Testud - Le Monde du 6 octobre 2011 )

Les morues, trois filles et un garçon féministes et fêtards, se réunissent chaque semaine dans un troquet de quartier. Emma, l'héroïne, vient de perdre son amie d'enfance, suicidée, une balle dans la bouche. Un mystère plane. Aidée de sa bande, elle cherche une autre explication. L'intrigue s'emballe, politico-journalistique, révélant les dessous de la privatisation des services publics, des ­histoires d'amour chaotiques et des amitiés ambiguës arrosées de vodka. Titiou Lecoq a un style, détendu, sans prétention. On la lit d'une traite, en riant beaucoup et avec quelques frissons... (Pauline Delassus - Paris-Match du 13 octobre 2011 ) --Ce texte fait référence à l'édition Broché .